Site officiel de Lucien Gruss

Dresseur de chevaux et Ecuyer. Fils d'Alexis Gruss Senior. Appartient à l'une des plus grandes familles de cirque en Europe: les GRUSS. Frère d'Arlette GRUSS et cousin germain d'Alexis GRUSS junior, également dresseur de chevaux.

Vous ne semblez pas disposer du lecteur flash approprié pour consulter le site site internet de Lucien Gruss.<br />Merci de vous le procurer sur le site de <a href="http://www.macromedia.fr" target="_blank">Macromedia</a>.

Chevaux de légende

Propos de Lucien Gruss recueillis par Charlotte Castan.

Les premiers Pégases sont pour nous tous des chevaux de bois et comme d autres, j ai deviné ce que pouvait être l art du spectacle équestre sur un cheval à bascule ! Ma mère m avait offert huit chevaux de bois, de belles bêtes en bois de hêtre qui dépassaient ma petite stature d enfant. Ils ont été mes premiers chevaux dans ma petite légende à moi, mes premiers artistes. Je reproduisais toutes les figures que mon père faisait faire à sa cavalerie sur la piste de Radio Circus.

Cela prenait du temps, je plaçais, déplaçais mes animaux à bras le corps. C était lourd et il me fallait un temps infini pour équilibrer ma ronde, les faire valser l un après l autre et les dresser sur leurs postérieurs. Peu importe qu ils fussent pétrifiés dans leur posture taillée dans le bois, j imaginais déjà les variations infinies que l on peut demander à cet animal avec du travail de dressage. Ma seconde cavalerie fut humaine ! A quatre ans j étais dresseur d enfants ! Tous les enfants d artistes qui traînaient dans le cirque je les faisais tourner en la piste. Pirouettes, valses, changés, debout & la chorégraphie était celle de mon père.

J ai fait ma première entrée en scène habillé en cow boy à quatre ans. Je faisais trotter un cheval et lui demandais de se coucher. Il s est relevé en m écrasant le pied. J ai senti les larmes monter en même temps que la douleur mais j ai terminé mon numéro. « Tu as mal ? » m a demandé mon père en coulisses. « Un artiste ne pleure jamais » ai-je répondu les dents serrées. Voilà les premières créatures qui ont construit mes légendes équestres.

On trouve dans les chevaux ou dans le cheval de liberté comme dans les hommes une aptitude plus ou moins grande à rentrer dans l histoire. Il y a certains chevaux qui ont déjà du talent, ils ne l apprennent pas. On sent les chevaux qui peuvent devenir danseurs étoiles et ceux qui ne danseront que la bourrée auvergnate ! Il y a ceux qui auront une personnalité d artiste et ceux qui exécuteront des figures avec technique mais sans interprétation personnelle ! Je pense à Weibo, un cheval que j avais acheté en Belgique. Il avait neuf ans, un âge qui n attire pas les acheteurs d habitude. Pourtant j avais été charmé par son allure.

Le propriétaire ne l aurait vendu à aucun prix. « Je l aime plus que vous ne l aimez déjà », m a t-il dit. J ai juste laissé mon adresse en lui disant que si le hasard l amenait à le vendre, j étais intéressé. Et le hasard a joué : il m appela trois mois après, obligé pour des raisons de santé de se défaire de ses chevaux. J ai pris Weibo au salon du cheval à Paris. Je ne lui avais encore rien appris et ne pensais pas le présenter. Je voulais simplement l avoir avec moi. Je lui trouvais un tel chic, un regard si soutenu et une expression si forte que je me suis laissé persuadé de le présenter en main en début de spectacle.

Il a foulé la scène comme s il l avait toujours fait et, à ma grande surprise, finit son tour de piste en levant son antérieur droit pendant de longues secondes. Sans même que je lui demande quoique ce soit, il faisait son petit spectacle. J en ai eu les larmes aux yeux et le temps m a paru suspendu dans ce salut spontané et élégant. Je garde en mémoire la phrase d une vieille dame un jour à son propos: « Oh, petit, le jour où une femme te regarde comme ça, épouse la ».